PREMIÈRE CAMPAGNE

Du 22 mars 1943 au 6 novembre 1943

L’épreuve du feu chèrement payée pour « Normandie »

Après avoir quitté Ivanovo, « Normandie », équipé de Yak 1, gagne le front, sous le commandement de Jean Tulasne, et s’établit à Polotniani-Zavod (170 km au sud-ouest de Moscou), le 22 mars 1943.

Pendant cette première campagne, les 15 premiers pilotes et les 22 pilotes de renfort impressionnent, parfois au prix du sacrifice suprême, le commandement des forces aériennes soviétiques.

« Normandie » est à la pointe du combat. Les missions consistent notamment à escorter les bombardiers Petlyakov Pe-2. La chasse ennemie du secteur est assurée par la très fameuse « Jagdgeschwader 51 Mölders ».

Le 5 avril « Normandie » enregistre ses deux premières victoires officielles : Albert Durand et Albert Préziosi abattent chacun un Focke-Wulf 190.

Le 13 avril « Normandie » déplore ses premiers morts au combat : Yves Bizien, Raymond Derville et  André Poznanski.

Au mois de mai 1943, le maréchal Keitel, chef de l’état-major suprême allemand, signe un ordre stipulant que tout pilote de « Normandie » fait prisonnier doit être fusillé sur le champ. En outre, Keitel donne des instructions pour que des mesures sévères soient prises à l’égard des parents ou amis des aviateurs français de « Normandie ». (voir Note 1)

Les pertes en pilotes au sein de « Normandie » deviennent si importantes que des renforts s’avèrent nécessaires. Ils arrivent à compter du 9 juin 1943, en la personne du commandant Pierre Pouyade accompagné de sept pilotes.

Le 19 juin 1943, pour la première fois, la Pravda publie le nom de cinq officiers français décorés de l’Ordre de la Guerre pour le salut de la Patrie.

A partir du 12 juillet, « Normandie », intégré à la 303ème Division aérienne soviétique, participe activement à la terrible bataille d’Orel au sein de laquelle va se dérouler à Koursk une des plus grandes batailles de blindés.

Le 14 juillet, « Normandie », unité minuscule sur l’immensité du territoire soviétique, voit flotter le drapeau français lors d’une prise d’armes de dix minutes entre Français et Soviétiques.

Le 16 juillet, Albert Littolff est porté disparu.

Le 17 juillet, c’est au tour du commandant Jean Tulasne de ne pas rentrer.

Il est remplacé à la tête de « Normandie » par le commandant Pierre Pouyade (en photo).

Au cours de la première quinzaine du mois d’août 1943, ce sont neuf nouveaux pilotes qui viennent renforcer l’effectif de « Normandie ».

L’effectif du personnel technique français étant insuffisant, un complément de mécaniciens est réclamé. Non seulement la France libre n’est pas en mesure d’y faire face, mais en plus elle recherche du personnel mécanicien en vue de la mise sur pied de nouvelles unités, suite à la libération de l’Afrique du Nord. Au mois d’août 1943, l’ensemble du personnel technique français est muté au Moyen-Orient et remplacé par du personnel soviétique.

Le 11 octobre, après avoir remporté plus de 50 victoires homologuées, « Normandie » est fait Compagnon de la Libération par le général de Gaulle.

Le 25 octobre, le commandant Pierre Pouyade part en mission à Alger où il est reçu par les généraux Bouscat et de Gaulle. Promu lieutenant-colonel, Pouyade obtient un renfort important de pilotes. Au total, entre le 10 décembre 1943 et le 2 mai 1944, ce sont 52 pilotes qui vont venir renforcer l’effectif.

Le 6 novembre 1943, « Normandie » se replie pour l’hiver à Toula (à 200 km au sud de Moscou). Il ne reste alors que 5 pilotes survivants sur les 15 du premier groupe. A cette date, on ignore qu’Yves Mahé, porté disparu le 7 mai 1943, est toujours vivant, mais interné dans un camp de prisonniers en Pologne.

Entre le 22 mars et le 6 novembre, le groupe utilisera 11 terrains.

Durant cette première campagne, « Normandie » a obtenu 77 victoires officielles, mais malheureusement, a également perdu 21 pilotes.

Texte d’Yves Donjon et d’Alain Fages

NOTE 1 : Extrait des Minutes du Procès de Nuremberg

Objet :  Traitement des partisans de de Gaulle qui combattent avec les Russes.

« Des aviateurs français servant dans les forces aériennes soviétiques ont été abattus sur le front de l’Est pour la première fois. Le Führer a ordonné que l’emploi des troupes françaises dans l’Armée soviétique soit combattu par les moyens les plus énergiques.

Procureur britannique SIR DAVID MAXWELLE-FYFE :

Si vous ne pouvez rien dire de plus, n’insistons pas. Je vais voir quelle a été l’attitude à l’égard de nos alliés français, car on m’a demandé de traiter certains sujets pour la Délégation française. Vous vous souvenez que sur le front de l’Est vous aviez capturé des Français qui combattaient avec les Russes. Vous vous rappelez avoir rédigé un ordre à ce propos ? Vous aviez capturé des « Gaullistes » – comme vous les appeliez- c’est-à-dire des Français libres combattant dans les rangs russes ;  vous rappelez-vous ce que vous avez décidé au sujet de ces hommes ?

ACCUSÉ KEITEL :

Je me rappelle de la transmission d’un ordre du Führer, disant qu’il fallait remettre ces Français à leur Gouvernement légal, celui que nous avions reconnu.

Procureur britannique SIR DAVID MAXWELL-FYFE :

Ce n’est naturellement pas la partie de l’ordre à laquelle je pense : « Des enquêtes détaillées doivent être faites dans les familles des Français combattant pour les Russes. Si l’enquête révèle que des parents ont facilité à ces hommes leur évasion hors de France, il faudra prendre des mesures très sévères. L’OKW/WR doit faire les démarches nécessaires, en accord avec les commandements militaires compétents et les hautes autorités des SS et de la Police en France. Signé : Keitel. » Ne pouvez-vous rien imaginer de pire que ces mesures sévères prises contre une mère qui a aidé son fils à aller combattre avec les alliés de son pays ? Pouvez-vous imaginer quelque chose de plus méprisable ?